cv 2009 textes 2008 2011Texte de Marie de Brugerolle On dit que ton nom est ton destin. Il ne faut pas croire les « on dit ». Parfois l’homonymie ou la ressemblance troublante de deux noms fait écho à quelque chose de plus profond. C’est le cas pour Fanny Torres, qui, sans le savoir, a des parentés avec Félix Gonzales-Torres. Quoi de commun entre un jeune artiste d’origine cubaine qui vécut à New York dans les années 80, connut les conséquences du SIDA et mourut en 1996 et une jeune femme bouclée, chantante et maîtresse de chorale ? L’espace de la chora : la chorégraphie et le chœur ont la même origine ; « khoreia » la danse, vient de « khoros », le chœur. Cet espace scénique qui est aussi celui de la parole du peuple, des témoins, du groupe résonnant comme une conscience, est à l’œuvre chez ces deux artistes. Bien sûr, la finalité première de Gonzales-Torres semble plus politique, plus grave que celle de Fanny Torres. Et pourtant, dans ce déploiement d’un décor qui apparaît comme un reste, quelque chose de la mélancolie se déploie. Celui du « un » malgré le groupe… Être séparé même à plusieurs, immobile dans la foule, seul dans la danse, c’est l’état de mélancolie. « Il y a, dans toute mélancolie, similitudo dissimilis, comme dans les visages humains, une ressemblance désaccordée, immobile. Et, comme dans une rivière nous nageons sur place, pourtant l’eau n’est pas identique du point de vue du nombre, comme le même instrument de musique propose diverses leçons, la même maladie offre une diversité de symptômes ». Ces mots de Robert Burton dans Anatomie de la mélancolie trouvent un écho dans ceux des personnages de Fanny Torres : « (…) elle existe séparée… Je veux la posséder (…) » (Nous ne sommes pas unanimes) « (…) le silence n’est pas une simple absence de parole, il est l’envers du langage (…) » (Mon ambassade c’est toi) Les acteurs participant aux performances de Fanny Torres forment des chorales ou des chorus line sous la direction de l’artiste. Ils suivent une partition tracée à la craie au sol, dont les directions s’effacent sous leurs pas. Le tableau noir utilisé pour dessiner à la craie reste à l’horizontale, comme un Pollock confirmé dans le sol, un exercice d’Andy Warhol ou une peinture de Basquiat. Le groupe est constitué d’individus isolés qui n’arrivent pas à faire un tout. Chacun chante à sa place, monade solitaire. Le mélancolique demeure immobile malgré le mouvement. Sa position est difficile car une de ses caractéristiques est d’être soi-même et son contraire, dans l’instant. Cette contradiction est à l’œuvre et sous-tend même le travail de Fanny Torres. Comme chez Bruce Nauman, le burlesque n’est que le masque du tragique. La désynchronisation progressive de Quasi une chanson et l’inversion des places entre le batteur- accompagnateur et la chanteuse-interprète sont une manière de faire tanguer l’équilibre précaire des croyances absolues. Je ne suis pas là où tu crois, tu n’es pas qui tu prétends. « (…) pas de « re » nous nous présentons, nous sommes exclus mais placés » dit encore Fanny Torres (Mon ambassade c’est toi). Les halos des poursuites de À vos marques 2, 2008, forment deux cercles dont l’intersection est une ellipse. Cette mandorle neutre, entre le bleu et le rose, c’est l’espace du « on », du tiers, de cette chora encore possible. « Avec mon rire, tu emporteras une médecine meilleure que ton ambassade » dit Démocrite, qui proposa le meilleur des remèdes, le rire. Marie de Brugerolle
Mon travail est porté par l’envie ; l’envie d’énoncer des choix, des états-d’âme, des convictions ou des erreurs. Ces énonciations, que l’on pourrait penser de l’ordre du privé, sont le lieu (pictural, vidéo et surtout performatif) de recherches et d’études générales et détaillées. Et, l’écriture se fait dialogues, théories ou chansons, où l’acte de parole est envisagé comme une pratique et le dessin est analyse. Et, dans ce travail, le rapport est un mot-clef. Qu’il soit amoureux, sémantique, sexuel ou politique, un rapport engage deux termes, regroupés, presque toujours autonomes. Ce “presque toujours” est le moteur même de ma démarche : mes performances se construisent grâce à un travail collectif et l’écriture de mes pièces est une base évoluant au fur et à mesure des répétitions et des échanges avec les interprètes, choisis pour leur gestuelle, leurs capacités mais aussi leurs incapacités, leur docilité mais aussi leur indiscipline. La chorale est un outil qui permet d’expliciter les jeux complexes reliant des individus (à la fois écouter et se faire entendre). Chanter, ou refuser de chanter avec l’autre apparaît comme une métaphore centrale de toute société. fanny torres
2007 2006 Fanny Torres liens documentation_fr.pdfCONSTITUTION LOCALE PONCTUELLE CONTINUÉE
2010 documentation_eng.pdf